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  • Anaëlle Sanzey

Et si on jetait l'éponge ?!


Alors que je discutais avec une maman fatiguée qui me disait avoir parfois envie de jeter l’éponge, j’ai répondu :

« Et si tu te permettais de jeter l’éponge ? Tu pourras toujours la ramasser plus tard… »

Je lui ai dit, à elle, et je me suis aussi dit à moi :« Oui, on a le droit de jeter l’éponge de temps en temps. »

Vous savez, un peu comme les enfants quand ils jouent à « chat », au « gendarme » ou à « trap’trappe » et qu’ils vont « dans le camp » pour marquer une pause.

Eh bien, je crois que, nous les mamans, par moment, on a besoin que le « jeu » s’arrête.

On a besoin d’aller dans « le camp » et de dire que, là, pendant un temps indéfini (celui dont on aura besoin) eh bien on se préserve, on jette l’éponge, on arrête de courir, on ne fait plus partie du jeu.

« POUN - POUCE - MAISON - CAMP - TEMPS MORT » COMME DISENT LES ENFANTS !

Par moment, renoncer à agir est salvateur.

L’entraîneur d’un boxeur jette l’éponge sur le ring quand il sent que continuer va compromettre son athlète, qu’il ne peut vraisemblablement pas gagner CE combat-là.

Le parallèle n’est peut-être pas le plus approprié, je n’en sais rien et ce n’est pas grave.

J’accepte aussi d’être maladroite ;-)

Quoi qu’il en soit, dans ma vie de parent, comme dans celle de bons nombres de mes connaissances, j’ai souvent eu l’impression de vivre tel un athlète.

Un athlète qui repousse sans cesse ses propres limites, qui est confronté sans cesse à plus de défis, qui cherche sans cesse à atteindre la perfection, qui traverse par saison 1 succès pour 10 échecs…

Et si même les plus grands athlètes se permettent de jeter l’éponge, nous en avons aussi le droit.

Cette éponge sera toujours là une heure, une soirée, un jour ou une semaine après…

Quoi que, avec des enfants à proximité, rien de sûr, peut-être auront-il inventé quelque chose d’inattendu à faire avec… ;-)

Jeter l’éponge n’est pas de la faiblesse, c’est plutôt de la sagesse, une stratégie de longévité, c’est reculer pour mieux sauter, c’est arrêter le JEU pour permettre de préserver le JE.

Quand je jette l’éponge, je peux, sur le moment, être déçue de n’avoir pas été plus combative, de n’avoir pas réussi à être à la hauteur de mes attentes vis-à-vis de moi-même. Mais, au final, je crois que je ne suis jamais plus combative, plus fière, plus à la hauteur de mes attentes que lorsque je me baisse pour la ramasser et pour revenir dans le JEU de la vie de famille avec un JE plus solide et ressourcé.

Et si on me demande à quoi peuvent bien ressembler mes jetés d’éponges, eh bien en voici quelques exemples, mais la liste n’est pas exhaustive :

Je me retire du jeu et je jette l’éponge quand, au moment du repas du soir, la gorge nouée par les sanglots que je retiens, tant je suis fatiguée émotionnellement comme physiquement de ma journée, je renverse un bac à gâteaux industriels au beau milieu de la table du salon. Quand je dépose un pichet d’eau, un plateau de desserts et une poignée de petites cuillères en allumant la TV pour y mettre un dessin animé et que je dis : « Ce soir, c’est repas « grand n’importe quoi », faites-vous plaisir ! Et moi, je vais prendre du temps pour moi. A partir de cet instant, je ne m’occupe que de moi, vous pouvez vous coucher tard. La consigne la plus importante, c’est de respecter mon besoin de solitude. »

Je me retire du jeu et je jette l’éponge quand je m’enferme dans ma chambre ou dans la salle de bain en disant à mon partenaire que j’ai besoin de quelques heures pendant lesquelles je n’existe plus pour personne d’autre que moi. Parce que je sens que la prochaine personne qui prononce mon prénom ou le mot maman avec derrière « Est-ce que tu as vu… ? » ou « Est-ce que tu pourrais… ? » risque de se retrouver face à un volcan en éruption et que, pour la « survie » de toute la famille, il vaut mieux que je m’éloigne temporairement.

Je me retire du jeu et je jette l’éponge quand je décide que la seule petite fille dont je vais m’occuper aujourd‘hui, c’est celle qui hurle au fond de moi qu’elle est affamée de solitude, d’attention, de silence, d’écoute

Et que pour prendre soin d’elle, je vais dire à ma propre fille : « Non, aujourd’hui je n’ai pas envie de jouer à la dinette. Non, je n’ai pas envie de raconter des histoires non plus ni de venir fabriquer la plus haute tour de lego du monde. »

Aujourd’hui, j’ai juste envie de ne RIEN faire ou plutôt, je n’ai rien envie de faire pour les autres, je ne veux faire que pour moi.

Je me retire du jeu et je jette l’éponge quand je préfère lire le dernier tome de mon livre préféré pour la 5ème fois, ou passer la moitié de la journée à regarder une série passionnante (ou même abrutissante) juste parce que mon cerveau a besoin de penser à tout sauf aux devoirs, au linge, à la réunion en visioconférence de demain, à appeler le dentiste pour celui du milieu, à renouveler l’ordonnance du plus grand, à rendre ce bilan X ou Y à temps, à veiller ce que les enfants fassent des activités variées, à sortir les vêtements d’été et ranger les vêtements d’hiver… Etc., etc.

Je jette l’éponge quand mes enfants me sollicitent tous, sans répit. Qu’il me semble que ma tête est prise dans un étau et qu’une farandole de questions danse autour de moi, comme si elles se riaient de mon surmenage et que, dans un grand soupir, j’ose dire :

« Là, je suis fatiguée et je n’ai pas envie de répondre, je n’ai même pas l’énergie d’écouter, vous pourrez poser vos questions et raconter tout ce que vous voudrez, demain. »

Et que pour finir je déconnecte, je laisse le brouhaha de la maison s’éloigner

et je me crée une bulle silencieuse ou musicale ( MP3 dans les oreilles ) où je décide une autre réalité que celle qui s’articule autour de moi ; je vais dans le camp, je stoppe le jeu, je jette l’éponge. STOP !

Illustration : Cevany

PS : A toi, fabuleuse maman qui m'a inspiré ce post et à toutes les autres, à moi-même :

Nous n'avons pas moins de valeur quand quand nous jetons l'éponge ;-) <3

PS 2 : Valable pour les papas ^^

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