Certains jours, je n’aime pas être parent…

A demi-mot, parfois chuchoté, presque inavouable. Le cœur battant, le visage rougi ou le regard fuyant. Souvent accompagné d’excuses, de honte, de désespoir ou de culpabilité. Parfois précédé ou suivi d’un « Je sais que je ne devrais pas dire/penser/ressentir ça, mais … »


Certains jours, je n’aime pas être parent…


Pourquoi a-t-on autant de mal à évoquer avec transparence les zones sombres du « plus beau métier du monde » ?

Pourquoi se sent-on obligé de taire ou de chuchoter notre mal de mère ? ( père 😉 )


Il y a presque 14 ans, je m’apprêtais à devenir parent, persuadée que ça allait être LE rôle de ma vie. Je ne réalisais pas à quel point cette rencontre allait être un tsunami, un grand 8 inarrêtable. Je ne savais pas encore que j’allais être retournée dans tous les sens et perdre tous mes repères. J’ignorais que je me lançais à l’aveugle dans un voyage au sein duquel 2 territoires frontaliers allaient faire parti de mon paysage. Le territoire de l’indescriptiblement merveilleux et le territoire de l’indescriptiblement difficile.

J’ignorais surtout qu’avec cet enfant, j’allais entamer de longues et épuisantes traversées du désert sur le territoire de l’indescriptiblement difficile et y passer énormément de temps avec, pour compagnon de route, un invité surprise : le handicap. Mais depuis que 2 autres enfants se sont ajoutés à la tribu, j’ai pu constater à quel point, même sans cet invité surprise, ces 2 territoires existent bel et bien. Ils ne se ressemblent pas toujours d’un enfant à l’autre, mais forment une partie de la réalité de la parentalité.


C’est ce territoire, celui de l’indescriptiblement difficile que l’on met trop souvent sous silence. Ou plutôt ce que nous ressentons lorsque nous y séjournons.

Peut-être parce que nous pensons que les autres parents, eux, ne connaissent que le territoire de l’indescriptiblement merveilleux : « Tu verras, avoir des enfants, ce n’est que du bonheur ! » Ou peut-être parce que nous pensons qu’ils ne se promènent que très occasionnellement près de la frontière mais que jamais, au grand jamais, ils ne s’enfoncent ou se perdent dans ce territoire sombre. Ou bien, s’ils y séjournent, nous pensons que c’est toujours avec beaucoup de clairvoyance, de positivisme et d’apaisement : « Oh oui, effectivement, c’est un peu compliqué par moment, mais nous le savions, c’est l’âge, ça passera… et puis, c’est tellement merveilleux d’être parent ! »

Oh, loin de moi l’idée de leur jeter une pierre car, oui, parfois, nous arrivons à tenir ce genre de raisonnement en restant vrais. Certains passages dans ce territoire nous bousculent sans trop mettre à mal notre plaisir d’être parent. Avec certains de nos enfants même, les passages dans ce territoire, restent fatiguants, mais apaisés. Puis une grande partie de notre voyage se déroule dans un territoire enclavé entre ces 2 premiers : il n’est ni indescriptiblement merveilleux ni indescriptiblement difficile, IL EST, tout simplement. Plein de couleurs et de reliefs, mais moins saisissant que les 2 autres.

Ce n’est pas de ce territoire-là dont je voudrais parler aujourd’hui, ni de nos passages éclairs dans l’indescriptiblement difficile, mais des autres, ceux qui peuvent nous faire dire : « Suis-je réellement fait.e pour être parent ? Est-ce que je n’aurais pas dû m’abstenir de faire des enfants ? » Non pas parce que je ne les aime pas, EUX, mais parce que je n’aime pas toujours être parent. Plusieurs fois, je me suis posée ces questions. Ce qui a été ( et est toujours ) important pour moi, c’est d’observer de plus près ce que je ressentais et ce que je n’aimais pas, avec exactitude, dans ce rôle de parent. Cela m’a aidé à voir qu’il y avait aussi des choses que j’aimais.

Cette phrase « Je n’aime pas être parent » est un cri du cœur, un « SOS », une bouteille à la mer. Les «SOS » manquent souvent de nuances, ils jettent volontiers le bébé avec l’eau du bain. Ils demandent, à celui qui les entend, d’ôter le filtre au travers duquel il observe le « lanceur de SOS », ce filtre que nous connaissons tous si bien : le jugement.

Une fois ôté, nous entendons ce que veut réellement dire le parent :

« Je n’aime pas lorsque je suis sur ce territoire-là, il me fait douter et me bouscule, m’agresse, m’effraie. Il me donne le sentiment de ne pas être à la hauteur et c’est insupportable pour moi. »

« Ce territoire-là, j’y ai passé trop de temps étant enfant, y retourner est insoutenable. »

« Personne ne m’avait jamais dit que ce territoire existait et je me sens comme sidéré.e par tant de difficultés. Je n’arrive plus à agir lorsque je m’y retrouve et je me sens nul.le. »

« J’avais dans l’idée que, moi, jamais je ne séjournerai dans ce territoire. Avec mes connaissances, les études et/ou le travail que je fais ou que j’ai fait sur moi, c’était impossible de m’y retrouver. Impossible également de vivre mes séjours là-bas de cette façon-là ! »

Ce qui m’a aidé à avoir plus de nuances sur ce que je n’aimais pas dans la parentalité, c’est de découvrir le concept du PARENT 4.1, il y a un peu plus de 10 ans lors d’une formation avec Sophie Benkemoun.

Apprendre à décomposer ce rôle de parent m’a permis de comprendre que je pouvais ne pas aimer ou ne pas réussir à investir une de ces facettes, mais apprécier et m’épanouir dans une autre. La façon dont je vis et j’investis ces différentes facettes de ma parentalité est liée à mon histoire passée et à l’histoire que je construis, jour après jour, avec chacun de mes enfants.

LE PARENT 4.1

Au quotidien, nous avons à endosser plusieurs casquettes qui englobent elles-mêmes plusieurs aspects de notre vie. Bien entendu, ceci est ici simplifié car nettement plus complexe en réalité.

Lorsque nous avons des enfants, nous avons, en plus d’une casquette de femme/d’homme et d’épouse/ époux lorsque nous sommes en couple, une casquette de maman/papa puis également une casquette de mère/père.

Vous vous demandez peut-être pourquoi je décompose maman / mère et papa / père dans le rôle du parent et en voici l’explication.



Je vais prendre mon propre exemple, je suis donc à la fois femme, épouse, maman et mère.

La femme ou l’homme, c’est tout ce qui entoure ma personne en dehors de mon couple et de ma vie de parent. C’est quand je prends 2h seule pour aller au restau avec ma meilleure amie, quand je vais faire du sport, quand les enfants sont enfin couchés et que je prends un bouquin pour souffler d’une journée de folie, quand je prends soin de l’enfant blessé que j’étais jadis en suivant une thérapie par ex, quand je travaille, que je fais des projets qui n’ont pas de lien avec mon couple ou mes enfants.


L’épouse ou l’époux, c’est tout ce qui entoure ma vie de couple, autant les sorties en amoureux que les conflits en passant par les projets communs et les conversations utiles ou futiles…


La maman ou le papa, c’est cette partie de ma vie de parent qui englobe les « je t’aime », les câlins, les gratouilles dans le dos, les parties de chatouilles, les gâteaux que l’on fait ensemble, les comptines, les histoires du soir, du matin ou de l’après-midi, les consolations ; en bref, les moments affectueux, complices et les jeux partagés…

La mère ou le père, c’est la partie de ma parentalité qui a en charge la sécurité, la santé, la logistique, le cadre et les limites…

Et ces 2 dernières parties ensemble, c’est mon rôle de parent.

La décomposition de ce rôle de parent m’a permis d’apporter de la nuance lorsque j’évoque la parentalité, qu’il s’agisse de la mienne et de celle des autres. Il y a des papas très investis qui sont des pères inexistants. Il existe des mères qui ne parviennent pas à investir leur rôle de maman. Et vice versa. Il y a des jours où je voudrais n’être qu’une maman et m’enfuir très loin de mon rôle de mère tant je le trouve exigeant, épuisant et peu gratifiant. A d’autres moment, je me sens tellement déconnectée de mes émotions par le surmenage, le rythme effréné du quotidien ou mes préoccupations d’adulte qu’investir mon rôle de maman et donner de l’attention, du jeu, des sourires ressemble davantage à une charge supplémentaire qu’à un plaisir partagé. Encore d’autres fois, la femme ou l’épouse hurle en moi la nécessité que ses besoins soient entendus, reconnus et d’avoir assez d’espace, de temps et d’énergie pour y répondre. Et le fait de ne pas réussir à investir davantage ces 2 facettes-là vient ébranler la mère et la maman.

Ce n’est pas toujours simple d’investir, avec équilibre, tous ces rôles et de trouver le dosage qui permettra l’épanouissement de chacun au sein de la famille. Cela demande des réajustements réguliers en fonction des saisons, de la composition familiale et des besoins de chacun. Me concernant, prendre conscience de toutes ces facettes de qui je suis, m’a aidée et m’aide toujours à me comprendre et à prendre en charge plus efficacement mes besoins en me posant les bonnes questions. Pourquoi je ne prends plus de plaisir à investir mon rôle de maman ces jours-ci ? De quoi ai-je besoin pour retrouver mon entrain ? Depuis combien de temps n’ai-je pas investi la femme ? Que se passe-t-il pour que mon rôle de mère soit source de tant d’insatisfaction ? Ai-je besoin de modifier certaines choses dans ma logistique familiale pour retrouver de l’énergie de l’investir à nouveau ? Et puis, parfois, juste le fait d’accepter que, OUI, j’aime mes enfants, OUI j’aime être maman, mais que OUI, ces jours-ci, je n’aime pas ce rôle de mère ou certains aspects de mon rôle de mère, ça me fait du bien. Pas forcément besoin de réajuster ou de modifier quoi que ce soit, juste de dire. Je sais que je compose avec plusieurs facettes et que même si cela ressemble un peu à une schizophrénie de la parentalité, OUI je peux au même moment me sentir comblée de joie en tant que maman et profondément découragée en tant que mère. Je peux également me sentir apaisée dans mon rôle de mère avec l’un de mes enfants et dans le rejet de ce même rôle avec un autre car la dynamique et les enjeux sont différents. L’un n’annule pas l’autre. Ce sont 2 réalités qui cohabitent.

Certains jours, en moi, la maman se balade dans l’indescriptiblement merveilleux avec l’un des enfants, alors que la mère d’un des autres de mes enfants est prostrée dans l’indescriptiblement difficile. Et c’est Ok. Je suis autant de mères et de mamans que le nombre de mes enfants. Ma maternité est multifacette et plus je l’accepte, plus je m’accepte et plus je vis sereinement le grand 8 de la parentalité.

Est-ce que j’aime être parent ? OUI, NON, PARFOIS, PAS TOUJOURS, MODEREMENT, BEAUCOUP, TELLEMENT… cela dépend des saisons, des jours et des casquettes. Et c'est ok. Anaëlle Sanzey












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