Tu ne veux pas me faire un bisou ? Snif, je pleuuure… Ah, tu es gentil !


Cette scène, je l’ai observé tellement, tellement de fois ! Lorsque papa ou maman rentre du travail, au coin du feu chez papy et mamie, à l’arrivée de tantine Bernadette que l’on voit 2 fois par an, avant de partir de chez nounou ou lors d’une rencontre fortuite avec la voisine un peu âgée qui fait des bisous qui piquent et qui durent bien trop longtemps…


En apparence, elle semble innocente, presque attendrissante. C’est un jeu complice que mettent en place beaucoup d’adultes sans penser à mal. L’enfant est surpris face aux faux pleurs provoqués par son refus de donner un bisou. Il observe, gêné, et fini souvent par céder, tant le malaise de rendre triste est pesant. Il se rapproche alors, parfois timidement, parfois avec élan et donne alors ce fameux bisou, marchandé à coup de larmes de crocodile. L’adulte explose de joie, exprime sa gratitude, complimente et valorise l’enfant d’avoir renoncer à son refus de départ pour répondre à son attente. Le jeu se termine, l’enfant sourit et parfois, l’un comme l’autre éclate de rire dans une étreinte chaleureuse.

Un jeu, ai-je dis ? C’est bien ça ! Mais qu’est-ce que le jeu ? Que véhicule-t-il pour l’enfant ?

Lorsque nous observons un jeu d’enfant, nous le pouvons le voir occuper son temps avec légèreté, sans autre but que de se divertir. Nous pensons même parfois : Ahhh la belle vie ! Il était extra ce temps où nous pouvions passer nos journées à ne « rien faire », où tout n’était que plaisir…


Et si la réalité était différente ? Lorsque l’enfant joue, chaque observation, chaque geste, chaque causalité, chaque interaction va engendrer la création d’une foison de connexions neuronales, modifiant la structure de son cerveau. L’activité est à son comble et c’est une véritable usine de câblage dans laquelle les informations circulent et s’articulent autour de ses expérimentations. Chacun de ses jeux participe à la construction de son intelligence, de son raisonnement, de son fonctionnement émotionnel et RELATIONNEL.


L’enfant qui joue est l’ouvrier de son propre développement cérébral. L’adulte qui l’accompagne est le fournisseur qui s’assure de la qualité et la quantité suffisante des matériaux – expériences - et le conducteur de travaux qui veille à la sécurité et au bon déroulement du chantier.


Revenons sur notre « jeu du bisou marchandé » Quels sont les caractéristiques de ce matériau de construction relationnelle ?

Qu’apporte t’il en termes de fonctionnement relationnel aujourd’hui et tout au long de la vie de l’enfant ?

- Ce jeu lui apprend qu’un bisou peut être négocié et que les émotions peuvent être utilisées comme moyen de pression sur l’autre afin qu’il change d’avis.

- Il expérimente aussi la culpabilité face à la tristesse et à la contrariété de l’autre à la suite de son refus de donner un bisou et apprend que l’abnégation semble apaiser les émotions de l’autre et la relation.

- Il peut en déduire que ce que ressent l’autre prime sur ce qu’il ressent, que son corps et son affection ont pour but de satisfaire les envies et les attentes des autres.


Oh, ça va, c’est juste un jeu !


Bien entendu, aucun parent, ne met volontairement en place ce jeu, dans ce but-là. C’est juste un jeu, que nous avons vécu, vu et revu dans nos familles et chez nos amis. Il est devenu si habituel qu’on ne se pose pas forcément la question de son retentissement chez les enfants. D’ailleurs, c’est souvent avec un enfant qu’il apprécie que l’adulte va le mettre en place. Il y a, généralement, un vrai désir de connexion et de montrer son affection et son attachement à l'enfant. La famille est une mini société, au sein de laquelle nous apprenons à être en relation avec d’autres humains. C’est en grande partie à travers elle, que nous façonnons notre rapport aux autres. Ce que nous y observons et y vivons contribue à construire notre « normalité relationnelle ». Même si heureusement et malheureusement ( selon les cas ), elle n’est pas notre seule repère ou influence et que, bienheureusement, tout ne se joue pas avant 6 ans. Nous avons toute la vie pour détruire un fonctionnement que nous trouvons nocif et construire de nouvelles « normes relationnelles ». II est, cependant, plus simple de se construire avec un fonctionnement relationnel sain que de faire un gros chantier de rénovation une fois adulte.

C’est pourquoi, il est si important de comprendre ce qui se joue…dans le jeu.

Un jeu peut mettre l’enfant en danger face à des gestes, réactions et relations abusives si :

- Il l’encourage à nier ce qu’il ressent et désir, au profit des émotions et des désirs de l’autre

- Il banalise le chantage affectif

- Il met à mal la notion de consentement

- Il le prive de son autorité sur son propre corps et en fait un objet de satisfaction pour l’autre


Pour finir, voici 2 livres pour enfants permettant d’ouvrir le dialogue sur le consentement et de les outiller pour qu’ils discernent plus facilement les secrets à garder et les secrets à partager… oé Fr














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